Les fleurs, toujours.

A Alicia

Les fleurs sont toujours là, et tu t’en souviens

Chaque jour est un cadeau offert à ta mère

Le son des feuilles des arbres se mêle à la mélodie de ton corps libre, qui aime faire la course

Toujours je te laisse gagner pour entendre ta joie

L’automne arrive, je me souviens toujours être aussi heureux près de toi

L’institutrice passe à vélo, comme un souvenir de la plus belle année

Ponctuée par un baiser au sortilège bienveillant

Tu me demandes de faire la course

Et n’oublies pas de me confier les fleurs

Que je mets dans ma poche, pour toujours.

Nicolas Relvas.

La gitane

La gitane est morte. Vive la gitane!

Ses yeux reptiliens sont en enfer!

Ses yeux de ce vert diabolique m’effraient jusque dans l’au-delà

Son chignon de ce noir maléfique me ramène à l’enfant que je fus jusque dans son cercueil pourri

Son teint tatoué de l’étrangeté est toujours aussi halé

Sa robe de madone des douleurs me brûle

Je m’assieds sur le banc de la gitane

Et nous murmurons nos élucubrations sur la mort

La gitane est morte

La cloche a sonné trois fois le temps des souvenirs du soleil meurtri.

 

Nicolas Relvas.

 

Liberté chérie

Marre de la morosité ambiante? De BFM TV et le JT de France 2 qui ne jurent que par le pouvoir d’achat des Français et le terrorisme? Des films glauques et vulgaires comme Irréversible ou Baise-moi?

Bref, du nihilisme en chaîne continue à tous les coins de rue?

Regardez sans plus tarder L’avenir de Mia Hansen-Love, un film lumineux, positif, optimiste, drôlatique, à rebours de la veine névrotique chère à de vieux littérateurs et cinéastes depuis le XIXème siècle.

On ne se lasse pas d’admirer la grande Isabelle Huppert, qui joue comme elle respire, qui prend tant de plaisir à par(être).

Tous ses gestes, toutes ses paroles, tous ses mouvements, son corps même sont d’une irrésistible légèreté et d’une aisance sans pareilles.

Et ce dans chacun de ses films.

On sent que jouer est pour elle vivre, et inversement.

Une actrice absolue.

Elle campe ici une prof de philo dans un chic lycée parisien, dans le cadre d’une vie bien rangée, avec son mari, également prof de philo, mais dans un autre genre, plus académique, assez austère.

Nathalie (Huppert), elle, a eu la jeunesse type des intellectuels de son temps: soixante-huitarde donc communiste, mais ne conserve pas grand chose de cette époque.

Elle a deux enfants, une mère dépressive qui l’étouffe – le charme discret de la bourgeoisie.

Cependant, elle est toujours en lien avec un ancien élève, Bastien (Roman Kolinka), qui fut un peu son chouchou, et avec qui il s’est énamouré de philosophie, en faisant Normale Sup’ notamment, mais surtout en écrivant des essais, sur Adorno entre autres, et en menant un mode de vie opposé à celui de son ancienne prof: c’est un intellectuel radical, engagé à gauche.

La jeunesse et la vitalité que retrouve Nathalie en lui.

Un beau jour, la belle vie de Nathalie est chamboulée: son mari la quitte pour une autre femme.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, sa mère meurt quelques jours plus tard.

Qui ne serait pas en dépression avec tout ça? Qui ne serait pas sur le divan au moins trois fois par semaine?

Mais pas Nathalie.

En promenade dans un Paris printanier avec Bastien, celui-ci plaint son sort.

Elle répond, laconique (comme nombre de répliques des personnages huppertiens), qu’elle a « une vie intellectuelle intéressante » et que, en gros, elle n’est pas malheureuse.

« Quelle sagesse », lui rétorque Bastien.

Mais oui, Nathalie est une sage, et telle est la clef du film.

Sa phrase la plus belle, la plus puissante, la plus définitive, est celle-ci: « Mon mari m’a quittée, ma mère est morte, mes enfants sont en vacances. Je ne me suis jamais sentie aussi libre ».

Voilà ce qu’apprend Nathalie la cinquantaine passée, la liberté, ce qui n’est pas sans ironie pour une prof de philo!

Mais tel est son personnage. Elle ne pense pas nécessairement sa vie, elle la vit intensément en véritable stoïcienne, sans conceptualiser, ce qui est une forme de véritable sagesse.

Tous les évènements traumatiques qu’elle subit, la confrontation à la perte, au Réel, réactivent finalement en elle une source d’ivresse joyeuse, qui la ramène à la vie.

Cette vie qu’elle redécouvre dans le magnifique Vercors, décor où Bastien a élu domicile avec une bande de potes, afin de créer une situation révolutionnaire.

Une autre phrase clé sort de la bouche de Bastien, son éternel élève: « Tu ne mets pas tes idées en accord avec tes actes ». Sempiternelle question philosophique…

On pourrait en effet le penser à propos de Nathalie: elle est prof de philo mais pas philosophe; son mode de vie a été assez convenu jusqu’ici, « bourgeois » comme le dit.

Mais n’est-ce pas une preuve qu’elle l’est bel et bien, philosophe, compte tenu de ses réactions aux épreuves tragiques qui se sont succédé?

Elle met bien ses idées en adéquation avec ses actes, un esprit libre dans une vie enfin libre.

Mia Hansen-Love signe ici un film radieux, tragico-comique, où Nathalie se retrouve en miroir de son métier, la philosophie, où elle n’apprend pas à vivre dans celle-ci.

C’est la vie qui lui apprend à être libre.

 

Nicolas Relvas.