Un été, Anne Dufourmantelle, l’avenir, les terres de mon grand-père.

C’est l’été, la saison de toutes les libertés, où tout un chacun met en sourdine ses tracas journaliers, afin de s’adonner à l’otium cher aux Grecs – la mer en famille, les virées entre copains à la campagne ou en ville au bord des terrasses, la lecture de bons et moins bons livres.

Bref, le temps économique est suspendu, ce qui fait de l’été le meilleur (dans la mesure où l’on y consomme beaucoup) ennemi du capitalisme, et c’est l’éternel retour.

L’été est également la saison de mon anniversaire, dont je m’évertue à me contrefoutre éperdument, tant j’attache infiniment plus d’importance au temps sensible qu’à ses données et repères.

Mais je ne dois pas nier que cette saison, à la fois libératrice et lourde de sens et de chaleur, doublée du jour qui m’a vu naître, me pousse à m’interroger sur mon existence.

Quels sont mes bons et mauvais souvenirs? Qu’ai-je ou que n’ai-je accompli? Qu’en est-il de mes propres rapports humains avec les autres? Ai-je fait de bons choix? De quoi suis-je fier? N’ai-je pas trop de regrets? Et, last but not least, où veux-je aller?

Toutes ces interrogations qui, bien qu’elles soient éphémères dans mon esprit, ajoutent à l’intranquillité de l’été et de l’âge, d’autant plus que j’approche de la trentaine, et l’heure est au bilan de la décennie écoulée.

Le 21 juillet 2017, 13 jours après mon anniversaire, a connu le sceau de la tragédie pour une femme, que je ne connaissais pas, mais une tragédie qui, comme tous les évènements d’une vie, comporte son lot d’universalité.

Cette femme, je le découvre le jour-même, se nomme Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste de son état.

Ce jour-ci, belle et insouciante sous le soleil de la mer à Ramatuelle, elle tente de sauver un enfant de la noyade, et y laisse sa peau.

Je suis d’emblée viscéralement attristé, et dans le même temps fasciné par cet acte, où la beauté poétique de cette femme a été engloutie par les flots de l’existence héroïque, surtout lorsque j’apprends également qu’elle a écrit un livre titré Eloge du risque.

Belle et triste ironie d’une philosophe disciple de Montaigne, pour qui philosopher est apprendre à mourir, de la belle mort des Anciens et des samouraïs, mais, surtout, qui mettait sa pensée en adéquation avec sa vie, ce qui en faisait l’héroïne de son destin.

«  »Risquer sa vie » est l’une des plus belles expressions de notre langue. Est-ce nécessairement affronter la mort – et survivre…ou bien y a-t-il, logé dans la vie même, un dispositif secret, une musique à elle seule capable de déplacer l’existence sur cette ligne de front qu’on appelle désir? », écrit-elle dans Eloge du risque.

Risquer sa vie, comme l’aimait ou le faisait Anne, est-ce donc suivre cette « musique », ce « secret » qu’est notre désir?

Indéniablement.

Anne a affronté la mort car elle n’avait pas peur de la vie, et donc la risquait quand son désir l’y appelait.

Voilà la leçon toute philosophique que nous devons tirer de son existence universellement nôtre, car, comme le disait Montaigne, encore lui, « chaque homme porte en lui l’humaine condition ».

La mort d’Anne Dufourmantelle me taraude l’esprit et m’interroge pendant plusieurs jours.

Qu’en est-il de mon désir? Ai-je assez de courage pour prendre les risques que je devrais prendre et affronter mes peurs?

Je délaisse également mes tracas journaliers en partant pour un mois à la campagne, d’où sont originaires mes ancêtres.

C’est un petit village paumé au fin fond du nord du Portugal, cerné de montagnes arides, elles-mêmes peuplées de vignes et d’oliviers, que les anciens surnommaient « le bout du monde », car il n’y a rien après, à part le désert montagneux.

J’emporte avec moi, entre autres, le livre d’Anne Dufourmantelle, ainsi qu’un film que j’avais envie de visionner depuis longtemps, L’avenir de Mia Hansen-Love, avec mon actrice favorite Isabelle Huppert.

Je ressentais à l’époque un vif besoin de partir, après une année jalonnée de jours et de passions tristes, auxquels ce petit village est un véritable antidote.

Le calme et la douce lumière, les vignes enluminées par le soleil, la terre sèche, ma tendre famille et les voix de mes nièces font tout le sel de mon quotidien à la campagne.

Immédiatement je ressentis une immense sérénité et plénitude, jamais éprouvées auparavant en venant ici. La solitude et l’éloignement d’avec la vitesse parisienne me sont exquis, caressants et même indéfinissables .

Je n’ai jamais autant aimé être seul, en dépit des conversations intermittentes avec ma famille, mais je passe des heures à méditer et à lire dans la fraîcheur de ma chambre, ou la chaleur plus douce de fin d’après-midi sur la terrasse.

Le silence et la solitude ont toujours été l’apanage de mon esprit, mais là, un je-ne-sais-quoi de plaisir me traverse au jour le jour.

Je lis des passages d’Eloge du risque, lesquels m’enchantent, et je sens qu’une transformation silencieuse, comme dirait François Jullien, est en train de naître.

Puis je visionne le fameux Avenir, sur lequel j’ai écrit par la suite tant il m’a bouleversé.

Il s’agit du récit d’une prof de philo, à la vie bien rangée, qui du jour au lendemain perd, et son mari qui la quitte pour une femme plus jeune, et sa mère possessive et dépressive qui meurt.

Le personnage d’Isabelle Huppert, toujours merveilleuse, se sort de tout ce marasme avec cette phrase laconique et définitive: « Je ne me suis jamais sentie aussi libre ».

Encore une fois, ce film et la pensée d’Anne Dufourmantelle se télescopent de manière troublante dans ma vie: Nathalie (Huppert), ne prend-elle pas un risque , en essayant de ne pas retenir son mari alors que son départ la chagrine, en se réjouissant des entraves disparues que lui imposait sa mère, en choisissant de vivre, tout simplement?

Nathalie met également sa pensée en adéquation avec ses actes: un esprit libéré pour une vie enfin libre.

Risquer sa vie pour suivre son désir, sa petite musique, garants de notre liberté.

Et moi, dans mon coin comme dirait l’autre, je vis des expériences métaphysiques et sensorielles au contact de la terre des mes grands-parents, où je décide que mes cendres seront dispersées.

Cette terre, de par sa charge symbolique, mirifique, de par ce vide causé par les paysages de monts et d’arbres, trésors à disposition des regards sensibles, fait parcourir dans mon corps une extase de mots et de silences, faisant tomber à la renverse mon existence.

A l’issue de l’été, je ne suis pas sûr d’avoir percé le secret de mon désir, d’avoir le courage de prendre certains risques.

Mais une chose est certaine: je n’ai plus peur de vivre, encore moins de mourir, et c’est une manière de risquer ma vie.

Merci à Anne Dufourmantelle, philosophe des âmes et du temps retrouvés.

 

La belle vie

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« Qu’est-ce qui vous rend la vie si belle? » a demandé un journaliste à la radio, partageant lui-même sa liste.

Voici la mienne, en vous souhaitant à tous, non pas une belle vie, expression vague, mais une vie emplie de beautés.

  • Les premiers jours du printemps, comme un réveil d’un cauchemar
  • Les voix de mes nièces, viviers d’amour et de poésie
  • N’importe quelle phrase de Proust sur la mère ou la grand-mère du narrateur de la Recherche
  • Boire beaucoup de café et fumer toute la journée en laissant libre cours eu flux de conscience
  • Une belle promenade dans les jardins du Château de Versailles, en semaine
  • Un beau vêtement qui embellit l’esprit
  • Un poème de Victor Hugo sur ses petits-enfants
  • Une conversation avec mon frère
  • Sentir les feuilles dansées par le vent
  • Tous les films de Truffaut, surtout La sirène du Mississipi et Baisers volés
  • Le rire de ma mère
  • Mes pas sur la neige
  • Etre seul en bord de mer ou de rivière
  • Ecrire un poème
  • La beauté intelligente de n’importe qui
  • Une pensée éclatante
  • Voir ma soeur heureuse
  • Les fleurs, n’importe où, n’importe quand, surtout les tournesols
  • Un tableau de Manet
  • Ecouter une bonne émission de radio tout en oubliant le temps
  •  Avoir du temps
  • Et surtout
  • M’aimer et aimer la vie!

L’anti-test psy(chopathe)

1- Le principal trait de mon caractère.

Rêveur. 

2 – La qualité que je préfère chez un homme. 

Sa fantaisie.

3 – La qualité que je préfère chez une femme. 

Son humour.

4 – Ce que j’apprécie le plus chez mes amis. 

Leur sensibilité.

5 – Mon principal défaut. 

La dent dure.

6 – Mon occupation préférée. 

Méditer.

7 – Mon rêve de bonheur. 

Le bonheur est ici et maintenant.

8 – Quel serait mon plus grand malheur ? 

Que l’on me prive de livres et de mes proches.

9 – Ce que je voudrais être. 

Plus actif!

10 – Le pays où je désirerais vivre. 

Là où la révolution a été faite avec des fleurs.

11 – La couleur que je préfère. 

Le bleu à l’âme.

12 – La fleur que j’aime. 

Le tournesol.

13 – L’oiseau que je préfère. 

La perruche.

14 – Mes auteurs favoris en prose. 

Stendhal, Flaubert, Camus, Barbey d’Aurevilly, Proust, Simone de Beauvoir, Beckett, Virginia Woolf, Bataille, Michel Schneider, Cécile Guilbert.

15 – Mes poètes préférés. 

Baudelaire, Pessoa, du Bellay, Musset, Rimbaud, Lautréamont, Hugo, Abdellatif Lâabi.

16 – Mes héros dans la fiction. 

Julien Sorel!

17 – Mes héroïnes favorites dans la fiction. 

Madame Bovary.

18 – Mes compositeurs préférés. 

Chopin, Mozart, Schubert, Satie, Bach.

19 – Mes peintres favoris.

Le Caravage, Picasso, Nicolas de Staël, Giacometti,  Monet, Manet, Van Gogh, Lucian Freud, Bacon.

20 – Mes héros dans la vie réelle.

Jean Moulin.

21 – Mes héroïnes dans l’histoire.

Marie Stuart, Madame de Pompadour

22 – Mes noms favoris. 

Luxe, calme et volupté.

23 – Ce que je déteste par-dessus tout. 

Le nihilisme.

24 – Personnages historiques que je méprise le plus. 

Qui d’autre, a part Hitler, Staline, Mao, Mussolini, Pol Pot.

25 – Le fait militaire que j’admire le plus. 

La désertion!

26 – La réforme que j’estime le plus.

L’abolition de la peine de mort.

27 – Le don de la nature que je voudrais avoir.

Avoir plus d’humour.

28 – Comment j’aimerais mourir.

En me disant à quel point je suis fier de n’avoir jamais cédé sur ce que j’étais. 

29 – État présent de mon esprit. 

Il est tard, a dormire!

30 – Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence. 

Celles de ceux qui mènent un rude combat.

31 – Ma devise. 

Le bonheur, ici et maintenant.