La nuit est longue

Comme chaque été depuis maintenant 31 ans, je vis au rythme de la cloche du village qui prie Ave Maria toutes les heures, jusqu’à 00h.

Certains mauvais esprits se plaignent aujourd’hui des clochers et des chants de coqs, pour moi ils sont l’enfance, le temps sensible, un rappel réconfortant que le temps passe et que l’on est encore vivants.

Et pour toi, cette cloche était-elle le rappel que tu étais toujours aussi seul, qu’il n’y avait que du vide autour de toi, que le temps est assassin comme le chantait l’autre, que le temps t’a assassiné de l’intérieur, parce que ton corps et ton existence sont en lambeaux?

Cette cloche était-elle pour toi le rappel que rien ni personne ne t’attendent?

Alors tu te consolais avec l’alcool et le tabac. Je demeure persuadé qu’ils t’aidaient à supporter cette existence que le destin t’a annihilé.

Et puis vient 00h, il n’y a plus de prière, de toute façon je sais que tu ne pries pas.

On dit qu’il faut prier pour les causes désespérées. Etais-tu vraiment désespéré? Je crois que tu avais dépassé ce stade, je ne sais pas comment tu faisais pour continuer à vivre, ce qui te faisait tenir?

Peut-être un peu d’alcool et de tabac, quelques rêves déchus aussi. Tu ne priais pas, mais tu rêvais, c’était ton Ave Maria à toi.

Je ne t’ai jamais vu autant me sourire cet été. Tu avais ça, ce regard malicieux et bienveillant, un bâtard triste, et ton sourire, malgré ta vie démolie.

Je sais que je ne te reverrai pas.

La cloche va continuer à sonner, et la nuit va être longue.

Je suis parti plus tôt que prévu. Atmosphère trop pesante à la maison. Je n’ai pas ton courage!

La dernière nuit, j’ai fait un tour dans le village.

Il était vide, et la nuit était d’une telle clarté!

A un moment, je me suis dit: « Toute la route s’ouvre à moi ».

Et la nuit promet d’être longue.

Nicolas Relvas.