Quelques aphorismes sur La Dolce Vita de Fellini.

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La Dolce Vita, douceur de vivre qui renferme une insouciance à jamais perdue. Marcello tente à tout prix à atteindre la plénitude, propre à l’écriture qui jaillit de la vie, mais n’y arrive pas. Il a le masque de la superficialité, qui révèle la profondeur de la légèreté.

La statue du Christ qui survole Rome en hélicoptère au début du film. Des minettes, bronzant sur leur terrasse, demandent où il va. Les hommes leur répondent sûrement qu’elles sont belles, semblant leur faire du charme. Ils ne s’entendent pas. Les hommes et les femmes, des êtres qui se parlent sans s’entendre. Et tout le film est comme ça, ça parle, ça parle, mais personne ne s’entend. Comme Silvia (Anita Ekberg), qui ne répond pas à l’adoration que lui porte Marcello. Seule la beauté compte, envers et contre tout. La beauté de Marcello Mastroianni, celle d’Anita Ekberg, celle d’Anouk Aimée, recouvrent le Christ qui n’existe pas dans leurs cœurs, et qui n’est plus que statue.

Emma (Yvonne Furneaux) en amante abandonnée, seule avec sa folie, qui ne cesse de supplier Marcello de l’aimer. Marcello est lui-même trop fou, trop seul, trop abandonné, ce qui le rend égoïste, pour lui répondre. De toute façon, ils ne s’entendent pas. « Un homme et une femme peuvent s’entendre. Ils peuvent en effet s’entendre crier », disait Lacan. Marcello et Emma poussent des cris, sourds pour l’un, hystériques pour l’autre, qui ne sont que des supplications au Dieu qui n’existe plus.

Maddalena (Anouk Aimée), comme une apparition qui cache derrière ses lunettes noires la mélancolie d’une Rome fantomatique. Une nuit dans un bordel avec Marcello, passant de la beauté voluptueuse de la ville aux voluptés souillées du bordel. Un peu de sacré dans la crasse, tel est le sort de ces vieilles âmes errantes.

L’arrivée de Silvia à Rome, ersatz de Marilyn Monroe, les paparazzi qui l’assomment d’une lumière qu’elle ne voit plus dans la solitude de sa célébrité. La blondeur de ses cheveux, sa beauté sont toute la lumière. Et en même temps, cette insouciance, cette légèreté, cet émerveillement lorsqu’elle monte les escaliers du Vatican, ou encore lorsqu’elle prend un chaton blanc (toujours la lumière) dans ses bras, jusqu’à la scène devenue relique de quiconque a vu le film. La beauté et l’esprit de Silvia sont une Providence venue d’ailleurs, qui sauvent et en même temps perdent Marcello pour quelques instants. Beauté de l’éphémère poétique de La Dolce Vita.

Silvia, elle aussi une apparition dans une Rome déserte où elle part en quête de la liberté. Apparition d’une longue robe noire, qui contraste avec sa blondeur et sa peau immaculée. Silvia est le noir et blanc somptueux du film à elle toute seule. Et Marcello, qui la cherche, comme deux enfants perdus qui jouent à cache-cache. Marcello qui se livre à un soliloque sur la Madone qu’il voit en Silvia, qui lui redonne un peu la foi. Marcello cherche sans cesse cherche l’absolu mais ne l’atteint jamais. Et puis enfin, ce pourrait être la fin du film, la Fontaine de Trevi, déserte elle aussi, où Silvia se baigne comme en un baptême, celui de la liberté retrouvée. « Marcello, come here, hurry up ! », dit-elle de sa voix mielleuse et langoureuse. Marcello, lui, parle, mais tout seul, devenant fou et ivre de sa beauté. Lui aussi immergé dans l’eau, purification de tout, il ose à peine la toucher. Oui, Marcello touche l’absolu, mais ne le possède jamais. On ne possède jamais celui ou celle que l’on aime.

Scène du soi-disant miracle, où des enfants auraient vu la Madone. Marcello y est envoyé en urgence, comme tout un tas de journalistes. On dirait qu’un film est en train de se tourner, mise en abyme de la religion qui n’est plus que spectacle. Tous ces journalistes et individus qui se pressent, qui prennent chaque parole de ces deux enfants pour celle du Messie, ne sont que les cris désespérés d’un monde où la foi et le sacré ont déserté. Pasolini en savait quelque chose, et il en est mort.

Rencontre entre Marcello et la petite fille. Il essaye d’écrire, mais n’y arrive pas, ce qui le met de mauvaise humeur, et lui fait demander à la petite fille d’arrêter la musique. Là gisent les problèmes de Marcello: il n’arrive ni à écrire, ni à écouter de la musique, parce qu’il a perdu l’enfant en lui.

Conversation entre Marcello et son ami intellectuel, lequel finira par se suicider. La foi et la pensée, écrasées par le néant, bruyant et artificiel, qui envahit le monde.

A la fin, après une nuit de débauche avec des bourgeois, où Marcello se dit peut-être qu’il n’y a plus d’espoir, il se retrouve sur la plage, où une baleine est échouée. La baleine, symbole du Christ mort ? Mais il y a la mer, et la petite fille, celle de la musique, qui appelle l’enfant en lui, au loin. Comme toujours, il n’entend rien. Scène devenue elle aussi mythique, il se met la main devant le visage, et tourne la tête. Rien ni personne ne peut le sauver, il est devenu aveugle. Reste la lumière intérieure de la petite fille, et surtout son image, comme une hallucination rêvée du temps à jamais figé pour Marcello.

Nicolas Relvas, le 21/03/2020.

 

 

 

Une réflexion sur “Quelques aphorismes sur La Dolce Vita de Fellini.

  1. En somme un tableau parfaitement réaliste de notre réalité sociale , décontractée et folle, foutraque …… jusqu ‘à l’arrivée de ce fameux virus …… on peut espérer qu ‘il y aura un certain changement !!!!!

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